Richard Renaldi, la fascination sans fin du portrait

Chaque photo raconte une histoire

Depuis 2007, Richard Renaldi travaille sur une série de photographies qui consiste à demander à des parfaits inconnus d’interagir physiquement entre eux devant la caméra. Richard se déplace avec une caméra de grande dimension utilisant des clichés de huit par dix pouces. Il rencontre ses sujets dans les villes de tous les états des États-Unis. Il associe ces sujets et les invite à poser ensemble en leur demandant d’exprimer une relation intime, une expression que l’on réserve généralement aux amis et êtres chers.

Il a financé son projet grace à KickStarter, un mode de socio financement qu’il a lancé en 2014 et qui lui a permi d’obtenir près de $81,000 à ce jour. Il a produit plus de 1,100 portraits, à travers toutes les régions des États Unis.

Richard crée une relation spontanée et fugace entre inconnus devant la caméra, poussant souvent ses sujets au-delà de leur zone de confort. Ces relations peuvent durer seulement la durée de la prie de vue, mais les photographies sont dérangeantes et provocatrices. Elles soulèvent d’importantes questions sur les possibilités de connexion positive entre humains dans une société diversifiée.

 

La fascination sans fin du portrait

 

Qu’est-ce qui fait un bon portrait? Le photographe Richard Renaldi offre sa perspective.

Entretien avec Cat Lachowskyj pour LensCulture.com 

 

Depuis l’invention de la photographie, le portrait reste l’un des genres les plus personnels et les plus captivants. Les premiers utilisateurs de la caméra se sont sentis obligés de tourner l’objectif sur d’autres personnes pour capter leur expression et leur regard pour saisir l’instant. Aujourd’hui, notre intérêt pour les personnes en tant que sujet est tout aussi important: leurs gestes, leurs vêtements et leurs expressions font allusion à une histoire pleine et riche qui se perçoit au-delà de notre portée, capté quelque part dans leurs regards figés.

Mais si le portrait se présente comme la forme de photographie la plus actuelle et la plus accessible, sa conception et son exécution sont en réalité beaucoup plus difficiles que nous le supposons. Le photographe Richard Renaldi, dont la longue carrière est axée sur l’exploration du portrait, enseigne également aux étudiants comment photographier d’autres personnes, souvent des étrangers. Alors que plusieurs recherchent une méthode claire, Renaldi affirme qu’il n’existe pas de solution miracle. Il vous suffit de trouver un moyen de rester détendu et d’essayer encore et encore.

Au cours de cet interview, Renaldi parle de sa découverte de la photographie grand format, de ce qui inspire ses nombreuses séries de portraits et de la raison pour laquelle le portrait reste une force si répandue dans notre monde photographique.

 

On the road: Photographer proves strangers are friends you haven’t met yet

 

Photographer’s intimate portraits of strangers

 

LensCulture: Je voudrais parler un peu de la façon dont vous avez commencé à travailler avec la photographie de portrait. Je pense qu’il existe de nombreuses fausses idées sur le genre. Le portrait est tellement ancien, se concentrer sur ce genre demande du courage. Qu’est-ce qui t’a attiré d’abord?

Richard Renaldi: Mes étudiants sont inquiets à l’idée de photographier des étrangers. Je pense que le portrait est beaucoup plus compliqué que prévu à faire, en particulier le portrait de rue. J’ai toujours été attiré par le genre parce que j’aime les gens, j’aime les regarder, les observer. Ma caméra est une extension de l’œil qui légitime ce regard.

J’ai travaillé comme chercheur en photographie chez Magnum dans les années 90, j’ai donc vu beaucoup de photos de reportage, Je crois que cela me donnait intrinsèquement le désir de ralentir les choses et de bâtir un lien avec mes sujets. Lorsque j’ai commencé à utiliser une caméra 8×10, cela m’a vraiment permis de réinventer mon processus et de recommencer à zéro. J’ai pu ainsi vraiment comprendre ce que cela signifiait de faire le portrait d’un étranger dans la rue.

 

LC: Pourquoi la relation entre photographe et sujet en portrait est-elle si importante? Comment abordez-vous personnellement cette dynamique ?

RR: Cela dépend de ce que je recherche pour chaque projet. Quand je cherchais mes sujets pour le projet « Touching Strangers », je pensais à répertorier différents types d’Américains. Mais quand je me travaillais au projet « Manhattan Sunday », je cherchais à approcher des gens qui avaient une allure exhibitionniste. Ils présentaient ce genre de moi idéalisé. Donc, je cherche toujours un type spécifique de personne.

 

LC: Comment est née l’idée de « Touching Strangers »? Était-ce une expérience à laquelle vous pensiez depuis quelque temps? 

RR: Certainement. Je voulais partager des idées sur les groupes de la rue et aborder ce tissu adhésif invisible qui nous relie tous. Je voulais fusionner physiquement les gens dans un cadre. Quand je pensais à la façon de le faire, j’étais en train de photographier des gens sur des bancs publics aux stations de bus de Greyhound pour le projet « See America by Bus ». J’ai commencé à rencontrer cette même approche, en essayant de photographier deux personnes ou plus – des étrangers – dans une même scène. Le défi supplémentaire de coordonner cette interaction m’a vraiment plu.

 

LC: Vous avez mentionné l’importance de la découverte d’une caméra grand format. Comment cela changé votre approche photographique ?

RR: J’aime travailler avec une caméra grand format parce que ça me force à ralentir le processus. C’est une lourde tâche qui devient un sujet de conversation en soi. Les gens sont un peu mystifiés par le matériel et leur curiosité devient une manière de briser la glace. C’est une expérience formelle de portrait, mais le processus est un peu plus décontracté. Les gens peuvent simplement se détendre à cause du temps requis pour la configuration et ils ont le temps de secouer leur fou rire et d’être plus présents.

 

LC: Quelles autres méthodes utilisez-vous et comment décidez-vous quelle méthode convient le mieux à une idée?

RR: C’est toujours une question pratique. Lorsque je photographie dans un avion ou dans un aéroport, ce seront des poses à main levée, bien sûr. Si je photographie un paysage, j’oublie cette caméra dans la voiture. Je fais une série de portraits dans chambres d’hôtel avec un reflex numérique. Je ne veux pas utiliser ma caméra grand format à chaque fois que je voyage. C’est logique d’utiliser un moyen format ou un DSLR. Cette facilité de mouvement me donne de l’élan.

 

LC: En tant que photographe portraitiste, vous avez une perspective unique à apporter à un jury pour la sélection de portraits. Que cherche-t-on dans les portraits des autres? Qu’est-ce qui vous distingue ? 

RR: Je recherche l’authenticité, l’engagement, un point de vue honnête et compatissant, la sensualité. Je recherche un sens de la présence, où vous avez l’impression que le sujet ne regarde pas seulement la caméra, mais vous regarde directement. Une présence plutôt que la conscience de soi. Parfois, il s’agit de la qualité de la lumière ou de l’humeur.  Ça m’attire quand un portrait devient un récit. Cela ne me dérange pas forcément que quelque chose soit mis en scène, mais quand ça devient trop artificiel, je pense que c’est une béquille pour compenser les vraies qualités d’un portrait.

 

LC: En tant que professeur de photographie, y a-t-il certaines choses que vous vous répétez encore et encore aux étudiants qui cherchent à maitriser le portrait ? 

RR: Beaucoup de gens pensent qu’il existe une sorte de formule magique. Les gens veulent juste que vous leur disiez quoi faire, mais vous devez y aller et le faire vous-même. Le seul moyen de vous habituer est de le faire vous-même. Les gens veulent savoir comment aborder les étrangers. Ils veulent savoir quoi dire, comment le faire et ce que vous devez faire pour les détendre. Pour beaucoup de jeunes photographes, c’est angoissant d’approcher un étranger. Cela devient plus facile avec l’expérience et des objectifs clairs. Vous devez être détendu pour approcher les gens.

 

LC: Vous avez un nombre considérable de personnes sur Instagram, (53,000 followers)  (second compte Instagram) ce qui vous permet de partager votre travail avec un large public. Comment voyez-vous Instagram jouer un rôle dans la carrière des photographes aujourd’hui ?

RR: Pour être honnête, je voudrais que nous nous en éloignions tous. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Les médias sociaux sont une arme à double tranchant. J’en ai certainement tiré des avantages, mais le temps passé devant un écran nous change et ses effets sont profonds. Je pense que nous ne sommes pas pleinement conscients de ce qui se passe.  Je pense que cela a changé notre industrie et rendu la photographie trop accessible, de sorte qu’il est plus difficile d’en faire une carrière.  Mais je pense aussi que les médias sociaux peuvent mettre en évidence la photographie de qualité. Cela encourage les esprits créateurs à utiliser la photographie et c’est merveilleux. Mais sur la base de ce que nous avons appris au cours des dernières années, en particulier en ce qui concerne les utilisations néfastes des données de la société Facebook, je pense qu’il existe des préoccupations légitimes. La gloire d’Instagram, comme on dit, est superficielle.

 

« Pourquoi les portraits fascinent-ils tant de gens? Nous sommes intéressés à ce que nous faisons, où nous sommes, comment nous nous sentons, comment nous nous habillons. Nous nous intéressons à notre expression superficielle ainsi qu’à notre vie intérieure. On s’intéresse à la psychologie humaine. Toutes ces aspects de notre personnalité sont présents en nous et notre coquille est très dominante quand nous sommes devant une caméra. »  

 

LC: Que voulez-vous que les gens retiennent de votre travail, quelle que soit la plate-forme sur laquelle ils le rencontrent, que ce soit sur Instagram ou une exposition – ou dans l’un de vos livres? 

LR:  C’est au public de me le dire. J’espère juste que je les inciterai à ressentir quelque chose. L’art est très interprétatif et c’est bien ainsi. Bien sûr, si vous créez quelque chose avec une certaine intention et que les gens repartent avec quelque chose de complètement différent, vous devrez peut-être repenser ce que vous faites. Mais les images de « Touching Strangers » étaient interprété de manière très large et les gens projetaient leurs propres idées sur ces images – leurs idéaux et leurs fantasmes. Je ne suis pas seulement conceptuel. J’aime travailler sur des thèmes et des projets où je crois raconter des histoires et exprimer des sentiments. Je préfère laisser aux observateurs de type d’interprétations.
LC: Pourquoi pensez-vous que le portrait continue d’être un genre si répandu en photographie? C’est là depuis le tout début. C’est l’une des premières choses que nous avons faites avec le médium, et c’est probablement une des dernières choses que nous ferons.

RR: Exactement. C’est à cause de l’humanité et de notre intérêt pour nous-même. Nous sommes intéressés à ce que nous faisons, où nous sommes, comment nous nous sentons, comment nous nous habillons. Nous nous intéressons autant à l’aspect superficiel de nous-mêmes et qu’à notre vie intérieure. Toutes ces choses sont dans la coquille humaine, et notre coquille est très dominante quand nous sommes devant une caméra.

 

‘Touching Strangers’ est le troisième livre de Renaldi, après avoir publié ‘Figures and Ground’ (Aperture, 2006) et ‘Fall River Boys’ (2009).

 

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 Site Web de Richard  Renaldi

 

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