Mario Testino, photographe de mode

Mario Testino est généralement recommu comme l’un des plus grands photographes de mode au monde; il est d’origine péruvienne. Il est responsable entre autres des carrières de Kate Moss et de Gisèle Bündchen.

Deux super-modèles, Gisele Bündchen et Kate Moss, sous la griffe créatrice de Mario Testino

Il se métamorphose au gré des années, publie en 2017 son premier livre présentant des photos d’hommes, intitulé Sir. Il porte un regard sur les hommes qu’il a photographié au cours de sa carrière.

Un des plus grand au monde : uniquement avec Vogue France, il a fait 62 fois la couverture. Il a publié dans tous les grands magazines de mode partout dans le monde : Vanity Fair, GQ, V-Man, plusieurs éditions internationales de Vogue et bien d’autres magazines. Il a contribué à la renaissance de certaines marques comme Gucci, Versace en créant des images qui sont imprégnées dans la mémoire des gens.

Les fameuses photos de la princesse Diana qui ont été prises peu de temps avant sa mort et qui ont été publiées dans Vanity Fair. Pour la première fois, on pouvait la placer dans nos médias sociaux. On la voyait autrement avec ces images en 1997. Ce sont ces photos qui l’ont fait connaître du grand public. C’était des photos d’une grande sobriété d’une femme libre et assumée, d’une grande beauté et dans sa plénitude. La simplicité des images a été un choc, qui donnait l’impression que quelqu’un avait réussi à capter l’essence de ce qui faisait sa beauté, loin des looks convenus. Une femme libérée, suivant son divorce, capable de s’exprimer.

La grande force de Testino est celle d’un portraitiste. Derrières les photos de modes, il y a une symbolique. On sent ses modèles de mode très libres, à l’aise dans une complicité assumée. Il les fait rire beaucoup. On ressent dans ces photos une relation qui se développe. C’est un grand portraitiste, en plus de ses images de mode. C’est une vison fantastique, ou on sent les acteurs très fidèles et libres.

Il y a une fidélité avec tous les acteurs qu’il a photographié. Il va continuer au cours de nombreuses années à les photographier, les mettre en valeur et à les comprendre d’une certaine façon. Dans le milieu de la mode, c’est devenu une gloire d’être photographié par Testino, d’où l’importance de maintenir la relation.

Ce qui le défini en termes de style est que ses photos ne sont pas statiques. Ses personnages sont toujours en mouvement, ce qui donne une impression particulière en termes de rendu de ces images. Il laisse la liberté de mouvement à ses modèles.

En photographie de mode, le travail du photographe se rapproche de celui du réalisateur de diriger le modèle. Un bon photographe de mode doit savoir diriger le mannequin, l’acteur.

C’est lui qui a fait les photos de noce de Kate et du prince William. Les photos les plus merveilleuses ont été faites à la fin de la séance officielle, dans un style plus décontracté, au moment où ils se sont enlassés. Ce sont ces images qui ont été retenues, et non pas le coté figé des poses officielles. On retrouve un moment d’authenticité tant recherché dans un monde convenu. En effet, les photographies racontent souvent des grands mensonges.

Kate et Prince William, photos de mariage

Il est né au Pérou d’un père italien et d’une mère irlandaise. Dès l’âge de 22 ans, il va aller vivre en Angleterre. Il trouvait difficile de vivre au Pérou car il était déjà un peu excentrique. Il était destiné à devenir prêtre, ce qui est assez particulier, car il est un des initiateurs du mouvement ‘porno chic’ du milieu de la mode. Il étudie dans le domaine économique et le droit, pour se diriger finalement vers la photographie. Il s’installe à Londres, fuyant ainsi un pays conservateur et traditionnel, qui ne lui permettait pas d’être lui-même. Le milieu londonnais avec la musique, les acteurs, les arts lui donnaient l’environnement qu’il cherchait dans les années 70. C’était aussi l’époque du Punk.

On raconte que très débrouillard, pour commencer à faire des photographies, il offre à des mannequins de faire leur portfolio pour a peu près rien. De là, il commence à produire et à travailler pour des grands magazines. La modèle Anna Wintour l’aime beaucoup et l’adopte pour ses projets.

Anna Wintour et Mario Testino

Avec ses 19 ouvrages, Sir est le premier qu’il consacre aux hommes, avec plus de 300 images. Ce sont des photographies issues du milieu de la mode. Il a contribué à beaucoup de campagnes publicitaires, pour des grands noms, tel Gucci, Chanel, Tom Ford et autres. Il y a dans ce livre des photos qui sont déjà célèbres. Par exemple, ou lui doit une campagne Calvin Klein de sous-vêtements que l’on a vu à Montréal, sur de grands panneaux affiche dans le métro. Il a fait par exemple la fameuse campagne Calvin Klein avec Justin Bieber en 2015.

Justin Bieber, Campagne Calvin Klein

 

Justin Bieber Photoshop, Avant et Après

Il a un style qui change de campagne en campagne. Il y a une quinzaine d’années, Il avait fait toute une campagne avec Tom Ford et Carmen Kass pour relancer Gucci, avec le style ‘porno-chic’ qui avait fait scandale. Il avait photographié l’entre-jambe d’une femme où un G avait été découpé dans le poil pubien. Cette photo a fait scandale et a été bannie en 2003.

Campagne de Tom Ford pour Gucci avec la modèle Carmen Kass en 2003. Cette campagne a été bannie.

Malgré tout, il a su démontré une grande polyvalence, en travaillant par exemple avec la famille royale à de nombreuses occasions.

L’apparition de SIR, son 19e livre, a pris un certain temps, car il n’était pas prêt à finaliser sa sélection. Ses livres antérieures étaient exclusivement avec des femmes célèbres. D’une part, il semble souligner le manque de photos, mais aussi que le public n’est peut-être pas prêt pour voir un livre entièrement consacré à des hommes. Peut-être par crainte d’images clichées, une gêne ou un malaise. Dans le livre, on souligne que la mutation de la condition masculine accompagne celle de la condition féminine, à partir des années 70. En même temps que la femme qui accède de plus en plus au monde du travail, s’émancipe et conquiert peu à peu son indépendance. L’homme s’émisse, et bientôt s’affirme sans honte dans l’univers du charme, de la séduction et de l’érotisme. Mieux que personne, Mario Testino intègre cette mutation.

Il a été témoin de cette transformation masculine depuis les 40 dernières années. L’homme a changé. Dans ses photos qui datent des années 80, on voit une élégance vestimentaire, si on regarde seulement au niveau de l’apparence. Avec les photos plus récentes, il ne met plus l’accent sur les vêtements, mais beaucoup plus sur le corps. Dans les années 80, la distinction sociale se faisait encore sur la capacité à se payer des vêtements chers. Aujourd’hui, c’est la capacité à rester jeune que l’on valorise.

Qu’est-ce qui fait jeune? La musculature. Or, on perd ses muscles en vieillissant. Être musclé exprime une certaine jeunesse, une vigueur.

On parle souvent de l’image de la femme qui est perpétué dans les média, mais on ne parle pas de celle de l’homme. En réalité, l’homme fait face à cette réalité ou il est exposé partout aux images publicitaires masculines. L’homme objet est une présence publicitaire nouvelle, et cette présence ressort beaucoup dans le livre. L’homme objet est un phénomène social. Avec l’émancipation des gais dans les années 80, ils vont obliger la société à redéfinir la masculinité, la virilité. Également, l’émancipation des femmes qui sont indépendantes financièrement, et vont augmenter leur niveau d’appréciation esthétique. Fondamentalement, le phénomène de l’homme objet s’inscrit d’abord dans une influence commerciale, auxquelles Testino a énormément contribué.

On voit aussi dans cette tendance le sportif qui s’assume, tels Justin Timberlake ou David Beckham, qui osent toutes les modes, et qui montrent leur corps et leurs tatouages. On retrouve cet abandon devant la caméra, qui était le propre des femmes auparavant, et il n’y a pas de honte à l’assumer.

Mario Testino, David Beckham et Justin Timberlake

On voit aussi la féminisation du corps des hommes, avec le culte de la minceur par exemple. L’idée du contrôle du corps aujourd’hui touche aussi les hommes. Tout le travail qui est fait sur le corps devient une forme de gratification : on s’en sert pour démontrer que l’on a réalisé quelque chose.

On parle aussi d’une expression de pouvoir. Auparavant les habits étaient l’expression du pouvoir. Maintenant, le corps exprime ces influences. Il y a derrière cela un grand paradoxe : l’authenticité. Ce photographe pour exprimer d’un côté une grande authenticité, mais aussi une grande superficialité. La mode cesse de présenter le vêtement, mais s’intègre au corps, tels par exemple les tatous.

L’authenticité est vue comme quelque chose de naturel. Par exemple, on peut opter pour la chirurgie esthétique pour se rapprocher de l’image intérieure que l’on a de soi et pour être en harmonie avec son image. Dans ce livre, on voit l’évolution de l’appréciation corporelle qui est devenu important, et l’idée que ce ne sont plus seulement les vêtements, mais le travail que l’on fait sur le corps pour définir le style et le look. Le look, c’est la physionomie, la musculature, la coloration capillaire, c’est l’ensemble, et non pas seulement les vêtements.

Il y a quand même dans ce livre des photos de Kit Ritchard et Mick Jagger. Ils sont l’exemple contraire du look recherché, alors qu’ils continuent de pratiquer un métier associé à la jeunesse et assume leur rôle. On retrouve aussi 4 photos de David Bowie. Ce sont les précurseurs qui ont permis cette ouverture et cet abandon et de ne pas avoir de complexes. David Bowie qui était d’expression androgène par excellence, avec une grande minceur, qui jouait autant de son physique que de ses vêtements. Il est fort bien présenté dans le livre. La créativité de Testino a été stimulée par ces personnages, des gens qui assumaient leur excentricité.

Mario Testino, Kit Ritchard et Mick Jagger

Comme on voit souvent ces modèles dans des films, des campagnes publicitaires, on a vu souvent leur portrait, qu’est ce qui est différent dans ce livre ? Découvre-t-on une nouvelle facette, une nouvelle humanité? Ce que retrouve c’est l’audace. On sent la grande confiance entre le sujet et le photographe, qui se sont laissés au jeu de la séance de photo. Ce regard qui est assez rare, qui n’est pas éteint ou transformé par les retouches, on sent l’humanité.

C’est un photographe aimé de tout le monde, des média, des créateurs, des entreprises, ce qui est très rare dans ce métier compétitif. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup et qui établit un contact réel pour obtenir cet aisance et ces sourires.

Ce qu’il y a de particulier, généralement un photographe a un style, on peut les reconnaitre. Mais on ne connait pas le style Testino parce qu’il a travaillé beaucoup avec les gens de l’industrie de la mode. Il a positionné les marques en fonction des commandes qui lui étaient données. Ses portraits deviennent uniques, sans un style distinctif. On ne parle pas d’un style, mais d’une élégance et d’une émotion qui reviennent dans ses photos.

Un exemple de mise en scène avec le sportif Tom Bready, ou un doberman le mord à la manche d’un smoking, une photo très forte.

Mario Testino, Tom Brady pour le magazine VMan

Par son oeuvre abondante, sa capacité de surprendre et sa facilité d’établir des liens solides avec ses modèle, Testino est un incontournable de la photographie de mode.

 

Références, Mario Testino

Site officiel de Mario Testino

Towel Series, Mario Testino

 

No Comments

Post a Comment

Flickr