Sebastiao Salgado, photographe et humaniste

Notre discussion porte sur l’œuvre du photographe et humaniste Sebastião Salgado. Sa vision pénétrante du monde à travers les désastres humanitaires de l’Afrique tels la sécheresse au Sahel en 1973 ou le génocide au Rwanda en 1994 ont permis de comprendre l’ampleur des bouleversements humains reliés aux famines et aux guerres. On réfère à son oeuvre comme le maitre de la transfiguration esthétique de l’horreur. La mise en scène de la misère du monde par des images explicites et suggestives font appel à l’émotion vive.

« La photographie n’est pas une pratique objective. Elle est essentiellement subjective : ma pratique est en ligne avec mes valeurs idéologiques et éthiques. »

Né au Brésil en 1944, dans l’état de Minas Gerais (région du sud-est). La famille possède une terre depuis 2 générations. Par la coupe du bois des forêts tropicale et la culture du bétail, le père est en mesure d’assurer l’éducation de son fils et ses 7 filles.

Le père de Sebastiao Salgado explique comment il a pu assurer l’éducation de ses 8 enfants en coupant le bois de la forêst tropicale et en exploitant du bétail.

En 1969, il part pour la France, fuyant les contestations politiques au Brésil. Ses études en économie à Paris lui permet de comprendre les méandres internationaux, le commerce et l’industrie : « Je comprenais ce qui faisait tourner le monde ». Il travaille pour l’Organisation Mondiale du Café, avec l’objectif de travailler pour la Banque Mondiale.

Il part pour l’Afrique pour mettre en place des programmes de développement économique. C’est alors qu’il découvre la photographie et décide d’abandonner sa profession d’économiste.

C’est alors que le grand changement se produit. Il découvre la photographie comme mode de communication. Sur cette base, il se lance dans de grands projets sociaux, en partenariat avec sa femme Lelia Wanick Salgado qui assure la recherche, la conception et la production.

En 1973, il part pour le Niger pour produire ses photos de la grande sécheresse. C’est son premier grand reportage sur les grands bouleversements humains.

Mise en scène de la misère du monde, images explicites, bien composées, suggestives, il sait faire appel à l’émotion. C’est alors que son rôle de photographe prend son véritable sens.

 

 

Premier grand projet : ‘Autres Amériques’

1977 — 1984

Il y consacre huit ans de travail pour documenter les activités sociales des peuples de l’Amérique latine, sa terre natale. C’est alors qu’il démontre un amour des gens, de leurs activités en liant des relations personelles avec les populations. Il est un fin observateur de leur structures sociales. Il vit avec les populations locales et prend le temps de les comprendre afin de refléter par ses photos la nature profonde des populations et leurs conditions économiques. Il décrit les changements qui changent leur vie et les mouvements de protestation politique.

Il exprime ces commentaires concertant la prise de ses portraits :

« Pendant une fraction de seconde, on a l’impression de comprendre qui est cette personne »

« Quand on fait un portrait, c’est la personne photographiée qui t’offre cette image »

« Il ne suffit pas d’être à coté d’un ours et de le photographier de près. Il faut un cadre. On peut montrer l’ours, mais ce n’en fait pas une photo. Il faut un arrière-plan et un contexte pour le cadrer. »

“ Si vous prenez le photographie d’un être humain qui ne l’anoblie pas, il n’y a pas de raison de prendre la photo. C’est ma ligne directrice »

“Vous devriez avoir une bonne connaissance de l’histoire, de la géopolitique, de la sociologie et de l’anthropologie afin de comprendre notre société et soi-même afin de faire les bon choix. Ces compétences sont plus importantes que les compétences techniques de photographie.”

Dans le cadre de ce projet, il rencontre au Brésil des paysans sans terre, dans des régions désertifiées, qui abandonnent la terre. Résultat de la déforestation, l’asséchement des puis, la disparition des pâturages, le tout causant l’érosion des sols.

 

La main de l’homme / Workers

1986 — 1991

La Serra Pelada (1986)
La plus grande mine d’or à ciel ouvert : un monde hyper organise de 50,000 personnes qui travaillent dans la folie totale qui viennent chercher une prospérité.

Grand projet de documentation de l’archéologie de l’ère industrielle, un hommage à tous les hommes qui ont construit le monde moderne.

 

Membre de l’agence Magnum

1979 — 1994

Ethiopie,  Sahel, the end of the road

1984 — 1986

Avec Médecins sans frontière : grandes sécheresses et problème de partage des ressources. Il montre la grande détresse des migrants dans les camps de réfugiés. C’est alors qu’il côtoie la mort à grande échelle.

 

Kuwait, la guerre du golfe

1991

L’Irak sous la gouverne de Saddam Hussein envahie le Koweït (3e réserves mondiales de pétrole). 500 puits de pétroles en feu, allumés lors du retrait de l’armé d’Irak.

Utilise 3 Leicas, 28, 35 et 60 mm, 12 films par jour, total de 7,000 clichés

Les troupes de l’Irak se retirent en février 1991, après avoir mis a feu des centaines de puis de pétrole, transformant le pays en enfer, avec des flammes de 300 mètres de haut. 10% de la consommation de pétrole mondiale brule quotidiennement, représentant une perte de 43 milliards pour l’industrie.

Autres photographes de la guerre du Golfe :

  • Stephane Compoint, prix Word Press
  • Bruno Barbey, Magnum
  • Steve McCurry, National Geographic
  • Peter Menzel, Stern

 

 

Projet Exode / Exodus

1993 — 1999

Projet de documentation de populations déplacés par les guerres

Rwanda : des milliers de morts le long des routes de populations quittant le pays

Yougoslavie : nettoyage ethnique des populations serbes

Suite à ce projet, son âme devient malade : il se retire en croyant qu’il n’y avait pas d’avenir pour la race humaine, après avoir vécu dans le cœur des ténèbres.

On l’accuse de faire des photos esthétisantes de la souffrance, de se servir de la misère des autres, avec un œil vif et curieux. C’est le maitre de la transfiguration esthétique de l’horreur

Peut-etre à cause de son origine brésilienne, il introduit dans ses photos l’absence totale de mauvaise conscience face à la souffrance, la pauvreté et l’injustice sociale.

En général, faire une photo de quelqu’un c’est un geste agressif. Ce qui est unique est son attitude face aux gens qu’il photographie : au cœur de son engagement, les pauvres, la souffrance, le tiers-monde, la dignité du travail.

Au décès de son père, il décide de retourné au Brésil, sur la terre ancestrale. Se remémorant le génocide du Ruanda, il dira : « la terre était aussi morte que moi ». Sa femme décide d’entreprendre un grand projet de reboisement.

C’est alors que la métaphore de la renaissance apparait: la terre a guéri le désespoir de Salgado : la forêst équatoriale reprend vie et permet de rétablir l’équilibre hydrologique et la protection des sols.

Projet Genesis

2004 — 2013

C’est alors qu’il lance un nouveau projet : Hommage à la planète, une nouvelle vision qui lui permet de remetter sur les rails sa motivation de photographe.

Son message : la destruction de la nature peut être inversée.

 

Publications, Sebastiao Salgado

Workers: Archaeology of the Industrial Age. London: Phaidon, 1993
Terra: Struggle of the landless. London: Phaidon Press, 1997
Migrations. New York, NY: Aperture, 2000
Exodus. Cologne: Taschen, 2016
The Children: Refugees and Migrants. New York, NY: Aperture, 2000
Sahel: The End of the Road. Oakland, CA: University of California Press, 2004
Africa. Cologne: Taschen, 2007
Genesis. Cologne: Taschen, 2013
From my Land to the Planet. Roma: Contrasto, 2014
Other Americas, 2015
Kuwait, A Desert on Fire, 2016

 

Références, Sebastiao Salgado

Images de l’Amazone  (site officiel de Salgado)

Conférence TED: le drame silencieux de la photographie   (1.5 million de vues)

Le sel de la terre / The salt of the earth (2014), film documentaire réalisé par Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders (disponible sur Netflix)

The hell of Serra Pelada mines, 1980s

Sebastião Salgado Has Seen the Forest, Now He’s Seeing the Trees, (2015) Smithsoniam Museum

 

Référence supplémentaire

J’ai serré la main du diable (2007)  Lieutenant général, l’honorable Roméo A. Dallaire

La faillite de l’humanité au Rwanda est un document de référence en relation à une mission canadienne des Nations Unies en 1993. C’est un journal personnel du génocide de plus de 800 000 âmes (à la fois Tutsi et Hutu) et a été dédié aux Rwandais, abandonnés à leur sort, qui ont été massacrés par centaines de milliers.

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