Yousuf Karsh, photographe portraitiste

Yousuf Karsh (1908 – 2002) est reconnu comme le plus grand photographe portraitiste du XXe siècle; il s’est bâtit une réputation mondiale en photographiant les personnes célèbres.

Sur l’ensemble de sa carrière, Karsh a fait plus de 15,312 sessions photo, il a produit plus de 150,000 négatifs et a laissé une influence artistique indéniable. Il a documenté un grand nombre de personnalités qui ont marqué le XXe siècle, en nous offrant souvent l’image définitive illustrant la personalité propre de chaque personne.

Autoportrait Yousuf Karsh hotel laurier ottawa

Autoportrait, Yousuf Karsh dans son studio de l’hotel Laurier à Ottawa

Karsh est né en Turquie, issue d’une comunauté arménienne chrétienne. Sa famille quitte le pays afin d’échapper au génocide arménien. Le jeune Karsh émigre émigre seul au Canada en 1924 pour rejoindre son oncle Georges Nakash, photographe portraitiste renommé qui demeure à Sherbrooke.

C’est là qu’il dévelope son intérêt pour la photographie. Par la suite, il se déplace à Boston pour travailler comme apprenti avec John Garo (1875 – 1939), photographe connu et bien en vu dans la société bourgeoise américaine. Son apprentissage se fait en fonction des pratiques photographiques du XIXe siècle, offrant une vision romantique idéalisée, focus doux, environnement de style ‘nuagique’. Le studio n’était pas touché par l’influence des mouvements moderniste du style Steichen, Stieglitz, Sander et autres

Dès 1919, Garo était connu comme un artiste qui pouvait faire ressortir la personnalité du modèle, à travers la subtilité et l’efficacité de ses créations photographiques. Garo a enseigné a Karsh comment observer le modèle selon la lumière, les ombres, les formes. Selon Garo, la lumière est la composante maitresse de la création d’un portrait.

Portrait du maitre Garo par l'élève Yousuf Karsh

Cette photo de Garo par Karsh avant son départ de Boston en 1931 témoigne de l’influende de son maître sur sa vision de création photographique.

Il revient au Canada en 1932, s’installe à Ottawa et travaille au studio de John Powis, sur la rue Spark. Durant la ‘Imperial Economic Conference’ à Ottawa, Karsh convaint son employeur de s’installer sur place et de tirer profit de l’opportunité de photographier des grands noms. Avec les moyens limités de Powis, les images résultantes sont sans intérêt.
Rapidement, Karsh décide d’ouvrir son propre studio à Ottawa. Il y fait ses débuts en tant que photographe de scène et devient rapidement le photographe de la haute société dont la renommée s’étendra largement au-delà des limites de la capitale canadienne.

Il commence à expérimenter avec la lumière artificielle, travaille avec l’éclairage au théâtre et est impressionné par la créativité des metteurs en scène. A partir de 1935, Karsh démontre des compétences de maitrise de la lumière plus assumées. La lumière devient l’inspiration de sa créativité en photographie.

Éclairage artificiel sur une scène de théâtre Yousuf Karsh

Ottawa Little Theatre, 1936 Saint-Joan

Lorsque la guerre éclate en 1939, Ottawa devient un centre d’activités de la coalition alliée et « Karsh of Ottawa » devient le photographe des leaders alliés les plus importants qui visitent Ottawa. Ainsi est-t-il tout naturellement choisi pour faire le portrait de Winston Churchill lorsque ce dernier visite le Canada en 1941, dans le contexte de l’effort de guerre du Canada.

 

Durant la majorité de sa carrière de photographe, utilise une caméra Calumet à soufflet, avec plaque d’émulsion de 8 par 10

Photo de Winston Churchill par Yousuf Karsh, 1941

Un point tournant de sa carrière, en 1941 : sa photo la plus célèbre. Dès ses années d’apprenti avec Garo, il est en contact avec un flot constant de célébrités et de créateurs, et il adore cet atmosphère. Très tôt, il se fixe le but d’évoluer dans ce contexte.

 

Sa photo de Churchill est son plus grand succès, dû à:

  1. sa compétence technique,
  2. la chance d’avoir déjà travaillé avec des grands noms et
  3. une vision claire de ses objectifs.

Churchill est invité à adresser le parlement dans le cadre de l’effort de guerre canadien: discours électrisant en soirée.

Karsh place son équipement à la sortie à être emprunté par Churchill. Il recherche à capter l’image de la force intellectuelle, la force héroïque et une vision de leader. Utilise éclairage sur l’arrière plan pour renforcer le symbole de puissance

A la sortie du parlemet, il l’invite à prendre sa photo. En dépit de la résistance de son entourage, l’humour de Churchill sauve la situation.
Churchill accepte pour une photo : Karsh lui arrache son cigare et capture cette expression unique dans un éclair de génie.

Portrait est publié dans de nombreux journaux et magazines, dont la couverture du Life.

Photo iconique de Winston Churchill par Yousuf Karsh

Suite à la prise de l’image, Churchill a dit: « You can even make a roaring lion stand still to be photographed. »

Cette photo connait un impact mondial. Elle est même utilisée comme image de propagante contre les Alemands: on en déverse des dizaines de millier sur les villes almandes pour effrayer la population en démontrant la détermination de Churchill à gagner la guerre.

Prise sur le vif, la photo de Karsh immortalise un Winston Churchill volontaire, déterminé et prêt à faire face aux défis de la guerre. La photo rendra son auteur célèbre de par le monde.

L’air taciturne qu’affichait Churchill sur ce portrait tint au fait que ce dernier ne se séparait jamais de son cigare et entendait le garder en bouche pendant toute la durée de la séance, et ce malgré les demandes réitérées du photographe pour qu’il s’en départisse le temps d’une photo. Après s’être assuré que tout était fin prêt, Yousuf Karsh retira prestement le cigare de la bouche de Churchill et prit ensuite la photo de celui-ci… outré qui n’acceptera que cette seule prise de vue. Cette photo unique prise sur le vif deviendra célèbre de par le monde et sera une des plus reproduites de l’histoire de la photographie

Seconde imagee de Winston Churchill par Yousuf Karsh

Deuxième photo, après l’effet de surprise passé.

 

 

Comparaison avec la photo d’Edward Steichen (1879 – 1973) prise en 1932, dans une pose similaire. Photo de Karsh offre un contact des yeux direct et intense et les jeux d’ombre sur le visage, découpe de l’arrière-plan.

Winston Churchill, Edward Steichen, Yousuf Karsh

Photo prise par Edward Steichen for Vanity Fair 1932, en comparaison avec celle de Yousuf Karsh

Face of  destiny, 1946

En 1943, Karsh va a London avec une lettre de référence de son ami MacKenzi King, premier ministre et une avance de ‘Saturday Night’. Tous les personalités politique et scientifiques ont quitté l’Europe pour se réfugier à Londres, sous la protection de l’Angleterre.  Entre septembre et novembre, il photographie 42 célébrités, dont le roi George VI.

En 1946, publication de ‘Face of Destiny’, le livre qui immortalisera sa carrière.

 

Références de Yousef Karsh

Yousef Karsh Site web
The greatest portraits ever taken by Yousuf Karsh

7 Things Yousuf Karsh Can Teach You About Photography,  Stephanie Simpson

Aziz George Nakash, photographe arménien à Beauceville, Sherbrooke et Montréal (1892-1976)

No Comments

Post a Comment

Flickr