Dong Hong-Oai et le symbolisme en photographie

(Guangzhou, 1929  — USA, 2004)

Ce n’est pas une peinture traditionnelle chinoise. C’est un tirage photographique. Pourtant, ce n’est pas exactement une photo. Il s’agit d’une création photographique composite de l’artiste chinois de renommée mondiale, Dong Hong-Oai.

Comme réflection initiale, il faut comprendre que l’on approche pas impunément une culture vieille de 3,000 ans d’histoire continue et documentée. Le peuple chinois a longtemps eu la prétention d’avoir atteint la perfection dans l’art de la peinture et du dessin. De plus, leur longue histoire de non-agression envers les peuples voisins a forgé leurs valeurs sociales, alors que “L’Empire du Milieu” fournissait l’entièreté de la création artistique, philosophique, sociale et économique du peuple chinois.

Utilisant un style connu par certains comme le pictorialisme asiatique, des motifs chinois classiques sont encadrés et superposés dans le but de créer l’effet et le sentiment qu’une photographie ou qu’un tableau seul ne peut fournir. Cette fusion de disciplines est aussi unique et intrigante que la vie de Dong Hong-Oai.

Né en 1929 à Guangzhou, Dong Hong-Oai a quitté son domicile à l’âge de 7 ans, après la mort soudaine de ses parents. Le plus jeune de vingt-quatre frères et sœurs, il a été envoyé dans la communauté chinoise de Saigon. Là, il est devenu apprenti dans un studio de photographie appartenant à des immigrants chinois et a appris les bases de la photographie. Durant cette période, il s’intéresse particulièrement à la photographie de paysage. À 21 ans, après une série de petits boulots, il entre à l’Université nationale des arts du Vietnam.

Il reste au Vietnam pendant la plus grande partie de la guerre des années 1970, se rendant brièvement en France en 1974 pour occuper un poste auprès d’un ancien enseignant décédé par la suite, puis en Malaisie pour travailler comme photographe pour la Croix-Rouge.  Suite à une série de politiques répressives visant les immigrants chinois, Dong Hong-Oai devient l’un des millions de «boat people» qui ont quitté le Vietnam dans les années 70 et 80.

À l’âge de 50 ans, ne parlant ni l’anglais ni ne connaissant personne en Amérique, il arrive à San Francisco. Il installe une petite chambre noire et a vend ses photographies lors de foires de rue. Il peut ainsi ramasser suffisamment d’argent pour retourner périodiquement en Chine afin de prendre des photos de paysages surréalistes et, plus important encore, pour étudier en 1980 sous la tutelle de Long Chin-San à Taiwan.

Long Chin-San, ce célèbre maître, avait été formé à l’art traditionnel de la peinture de paysages chinois. Cette forme d’art ne cherche pas à dépeindre avec précision la nature, mais à interpréter l’impact émotionnel de la nature. Les paysages monochromatiques dramatiques, utilisant de simples pinceaux et de l’encre, combinent différentes formes d’art – poésie, calligraphie et peinture – et permettent aux artistes de faire des expériences.

Au cours de sa carrière, Long Chin-San abandonne son style de peinture impressionniste pour aller vers la photographie. Il a développé une méthode de superposition de négatifs pour placer aux trois niveaux de distance des composantes et sujets. Il a enseigné cette méthode à Dong Hong-Oai.

Cherchant à mieux imiter le style traditionnel chinois, Dong Hong-Oai a ajouté la calligraphie et son sceau aux images. Dans les années 1990, son nouvel art inspiré des peintures traditionnelles a commencé à attirer l’attention du monde de l’art. Bientôt, il n’a plus besoin de vendre ses photographies dans la rue. Par le biais d’un agent, ses œuvres se vendent dans les galeries et des musées d’Amérique, d’Europe et d’Asie. Il était alors dans la soixantaine et pour la première fois de sa vie, il a retrouvé une certaine stabilité financière.

Dong Hong-Oai est décédé en 2004, à l’âge de 75 ans. Il a laissé une quantité incroyable d’œuvres d’inspiration pictorialiste. Dong Hong-Oai a été l’un des derniers photographes à travailler de cette manière. Il est également sans doute le meilleur. Il a été honoré par Kodak, Ilford et à Fotokina en Allemagne de l’Ouest. Il était également membre de la Fédération internationale de l’art photographique en Suisse et de la Chinatown Photographic Society de San Francisco.

 

L’influence de Dong Hong-Oai

Le maître Long Chin-San

Long Chin-San (Lang Jingshan, né à Huai’an, province du Jiangsu, 1892 – Taipei 1995, à 102 ans) est un photographe pionnier et l’un des premiers photojournalistes chinois. On fait référence à son œuvre comme la plus connue de l’histoire de la photographie d’art chinoise.

Il est devenu membre de la Royal Photographic Society en 1937. En 1980, la Photographic Society of America l’a nommé l’un des dix meilleurs photographes au monde. Il fut le premier photographe chinois à prendre des photos de nu artistique, et était également connu pour une technique unique de “photographie composite” qu’il avait créée.

À l’âge de 12 ans, alors qu’il était étudiant au collège Nanyang de Shanghai, il a reçu sa première formation en photographie basée sur les principes de la composition et les techniques de la photographie.

 

Carrière

En 1911, Long commence à travailler pour le journal Shen Bao de Shanghai dans la conception publicitaire. En 1926, il passe au journal Eastern Times en tant que l’un des premiers photojournalistes chinois. En 1928, il devient l’un des membres fondateurs de la China Photography Association, la première association de photographie d’art de Chine, à Shanghai

Méditation (1928), la plus ancienne photographie de nu artistique chinoise

 

 

Le travail de Long couvre plusieurs facettes. Ses emplois dans les journaux commerciaux ont fait de lui l’un des premiers photojournalistes chinois, mais ses travaux dans d’autres domaines ont mis les valeurs artistiques au premier plan. En 1928, il a capté ce qui était considéré comme la plus ancienne photographie de nu artistique chinoise en existance, “Meditation” (le père du modèle l’a battue lorsqu’il a entendu ce qu’elle avait fait).

En 1930, il publie un album de photographies de nu, le premier en Chine. Il expose son propre travail, notamment « After the Tang Masters » à l’exposition de 1937 de la Royal Photographic Society et Majestic Solitude (1937) à l’exposition de 1940 de la Royal Photographic Society.

Long Chin-San expérimenta brièvement le style moderniste, comme des photos d’architecture mettant en valeur des formes abstraites. D’autre part, la texture et la composition de la photographie de paysage de Long s’inspire de la peinture à l’encre traditionnelle chinoise de paysages.

Il a obtenu ces effets en superposant plusieurs images sur un seul tirage et en utilisant un pinceau et de l’encre. Il a créé plusieurs groupes de photographie et organisé une série d’expositions qui ont également été présentées au Japon, aux États-Unis et en Angleterre.

 

Majestic Solitude (1934), dans le style de la peinture à l’encre traditionnelle chinoise

 

En 1939, l’Université Aurora de Shanghai a organisé une exposition de ses œuvres illustrant les concepts de la peinture chinoise en photographie. Lorsque les Japonais occupèrent Shanghai pendant la Seconde Guerre sino-japonaise, il s’installa dans la province du Sichuan, à l’intérieur des terres, et revint à Shanghai après la guerre.

Avec la prise du contrôle par les communistes de la Chine continentale, il s’installe à Taïwan à l’été 1949, mais doit abandonner l’essentiel de son équipement photographique. En mars 1953, la China Photography Association est rétablie à Taipei et Lang en est le directeur pendant 42 ans.

À partir des années 1960, les photographies de Long Chin-San s’intéresse aux paysages imaginaires avec des personnages, dont beaucoup s’inspirent de peintures de Zhang Daqian, montrant l’influence taoïste. En 1968, il visita les États-Unis et les usines Kodak de l’État de New York. En 1981 et 1983, il présente des rétrospectives individuelles en France et en 1984 à Hong Kong.

 

Style et influences

Long Chin-San s’est engagé à enseigner et à diffuser ses idées de la photographie chinoise. Il  est inspiré par le photographe pionnier et l’écrivain poète Liu Bannong, qui a affirmé dès 1928 que la Chine devrait avoir son propre style enraciné dans la culture chinoise.

À son tour, lui et son style ont influencé de jeunes photographes tels que Liu Xucang et Tchan Fou-li, qui travaillaient à Hong Kong. Il publia un article important intitulé “Images composites et art chinois” dans le journal de la Royal Photographic Society en février 1942.

 

Deux exemples d’images composites de Long Chin-San

 

L’influence de Long Chin-San sur la vision de Dong Hong-Oai

Le symbolisme avant le réalisme

Les photographies de Dong Hong-Oai ont été fortement influencées par le temps passé sous la direction du photographe Long Chin-San à Taiwan au début des années 1980. Long Chin-San avait développé un style photographique basé sur la tradition de la peinture de paysage chinoise, qui mettait l’accent sur le symbolisme avant le réalisme et s’intéressait à l’interprétation artistique d’une scène plutôt qu’à sa représentation fidèle.

La peinture de paysage traditionnelle chinoise a plus en commun avec la poésie classique que la peinture de style documentaire en provenance de l’Europe à partir du Moyen Age.

Le réalisme des peintures occidentales n’était tout simplement pas ce que les Chinois considèrent comme une expression artistique. Ils n’y voient qu’une pratique commerciale, et non pas une création artistique. Selon l’inspiration chinoise, les artistes ne doivent pas simplement reproduire ce qui est devant eux, mais plutôt aller au-delà de la scène devant eux pour découvrir les liens plus profonds avec l’expérience humaine qu’elle masque.

C’est cette sensibilité que Long Chin-San, et plus tard Dong Hong-Oai, ont transposée dans leur travail photographique.

 

Pictorialisme asiatique et Long Chin-San

Le style pictorialiste asiatique utilise le symbolisme et le montage composite pour évoquer la réaction du photographe à une scène. La scène est construite, plutôt que captée, en utilisant des motifs traditionnels tels que les oiseaux, les bateaux, les montagnes et l’eau pour transmettre la vision de l’artiste. La vaste tradition de l’art et de la poésie chinoises était donc être invoquée pour donner une photographie finale plus allégorique et plus allusive qu’une simple image fidèle.

Cette distinction entre réalisme et symbolisme est peut-être encore plus importante en photographie. L’originalité du travail de Dong Hong-Oai réside dans la production d’une scène imaginaire en lui donnant un caractère réaliste.

Encore plus que son mentor Long Chin-San, les images de Dong Hong-Oai sont fidèles aux éléments de composition de la peinture de paysages traditionnels.

 

Utilisation de l’espace

Ce que l’on retient dans les images de Dong Hong-Oai, c’est l’utilisation de l’espace et le positionnement des éléments dans la composition. Les images de bateaux et de branches, par exemple, ne semblent jamais envahir l’espace. Le cadre est toujours rempli. C’est un paysage minimaliste, mais parfaitement composé.

 

Long Chin-San et Zhang Daqian: une amitié centenaire

Zhang Daqian, le héros récurrent de la plupart des œuvres de Long, était l’un des peintres les plus célèbres du XXe siècle dans le domaine traditionnel de l’encre et de l’eau. Comme Long Chin-San, bien que quelques années plus tôt, dans les années 1920, Zhang s’était fait connaître à Shanghai. Les deux hommes ont développée une amitié forte et soutenue

Zhang aida Long à forger son langage photographique. C’est Zhang qui l’a fait connaître les monts Huangshan: les sommets pittoresques de l’est de la Chine qui ont inspiré de nombreux maîtres de la peinture de paysage et captivé les photographes par leur beauté atmosphérique. Ces magnifiques montagnes deviendront immédiatement une source d’inspiration durable pour Long Chin-San et l’ont inspiré dans ses création de photographie composite.

Dès son premier voyage à Huangshan, Long Chin-San est rentré à Shanghai pour effectuer certaines de ses premières tentatives de photographie composite. Il y est retourné à cinq reprises et ces sommets ont continué à avoir une place dans ses œuvres ultérieures. L’une de ses premières montagne a été photographiée lors de son premier voyage. Il s’agit d’une image composite à partir d’un négatif de Zhang Shanzi, assis devant Qipingsong et d’autres éléments photographiques et peints.

Le frère défunt de Zhang Daqian, tel que représenté par Long Chi-San dans les montagnes du Huangshan.

 

Trente ans plus tard, en 1962, Zhang Daqian écrivit une inscription sur cette gravure: «Mon défunt deuxième frère, Shanzi, s’est rendu à Huangshan à l’âge de 51 ans. M. Long Chin-San a pris une photo de lui devant le mont Qipingsong. « Écrit pendant que Zhang vivait au Brésil – et à peu près au même moment où Long faisait de nombreux portraits de Zhang ». Il s’agit d’un note commémorant un point fondamental dans leur carrière et dans leur vie.

 

 

Wikepedia Commons, Oeuvre de Long Chin-San

 

Peintures par Zhang Daqian, showing Taoist influence

 

Liu Bannong, photographe et poète

 

Photographe Tchan Fou-li

 

 

Références

The “Emulative” Portraits: Long Chin-San’s Photography of Zhang Daqian By Mia Yinxing Liu

Photographies de Long Chin-San

China’s first nude photographer By Zhang Junmian

 

Symbolismes

Fishing with cormorans

Grues japonaises

Grues japonaises

Buffalo

vietnam, Baie de Halong

Valllée du grand fleuve Yangtze

Ville et grands jardins de Hangzhou

 

Peinture chinoise du 14eme siècle

Peintures de paysages par Zhao Wuchao

Pinterest

 

 

 

 

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