Harry Shunk et Jônos Kender

Comment les photographes Harry Shunk et Jônos Kender avec la contribution de l’artiste Yves Klein ont trompé le monde avec une photographie iconique

La photographie est accompagnée du texte suivant :

“L’homme monochrome qui est aussi champion de judo, ceinture noire 4e dan, pratique régulièrement la lévitation dynamique ! (avec ou sans filet, au risque de sa vie).

Le saut a lieu le 19 octobre 1960 à Fontenay-aux-Roses, dans la même rue où un club de judo l’avait souvent accueilli.

Yves Klein s’élève d’un pilier à l’entrée d’un pavillon, le visage tourné vers le ciel, les bras ouverts. Loin de tomber, l’artiste semble décoller.

Soucieux, comme d’habitude, de documenter ses actions, il invite, pour immortaliser le geste, ses deux photographes préférés : John Kender et Harry Shunk. Ce sont eux qui réalisent dans leur laboratoire parisien ce photomontage publié pour la première fois en première page d’un journal créé par Yves Klein dimanche le 27 novembre 1960, “Le Journal d’un jour unique“, inserré à l’hebdomadaire « Le journal du dimanche » que les Parisiens retrouvent  dans les kiosques, le jour même.

Un homme dans l’espace!“, proclamait le titre, annonçant la victoire dans la course internationale à l’espace. “Le peintre de l’espace saute dans le vide !”

“Il y avait trois versions de cette photo,” Shunk  déclara  au Times de Londres. “Une avec un vélo, une autre avec la voiture d’Yves, et une troisième avec une rue déserte. Il a rapidement décidé que la version officielle devrait être celle avec le vélo, mais il a également utilisé celle avec la rue déserte. Mais jamais celle avec la voiture; il détestait la voiture parce qu’elle était bon marché.

Bien que la performance et la publication le journal étaient teintées d’ironie, Klein était déterminé à garder l’illusion du montage. Shunk  a mentionné qu’il a été menacé d’action en justice si jamais il dévoilait la tricherie.

L’artiste Yves Klein

Créé par l’artiste d’avant-garde Yves Klein, c’était sa propre publication satirique mettant en vedette son image désormais célèbre « Saut dans le vide ».  C’était courant à l’époque de voir la photo à son premier degré, indiquant ainsi que Klein s’abandonnait à la gravité. En vérité, la femme et les amis de Klein tenaient une toile  pour l’attraper au sol. L’illusion du magicien a été exécuté par les photographes Harry Shunk  et Jean  Kender. Dans une chambre noire, ils ont superposé une image de la rue sans les amis avec l’une de l’artiste en chute.

Capter la vérité

« Saut dans le vide »  était sans précédent en photographie. Alors que des photographes comme Robert Frank et Henri Cartier-Bresson utilisaient la photographie pour documenter des vérités émotionnelles, des images authentiques, Klein a exploité la crédibilité inhérente du médium. Le saut est devenu une légende moderne. Pendant des décennies après la mort prématurée de Klein en 1962, l’histoire derrière l’image a été précieusement cachée.

Klein n’a  jamais avoué cette ruse, bien qu’il faisait des clins d’œil fréquents dans  son journal. “Aujourd’hui, le peintre de l’espace doit, en fait, aller dans l’espace pour peindre, mais il doit y aller sans ruse ni tromperie”, écrit-il. “Il doit être capable de lévitation.”

La carrière de Klein ne s’étend sur environ sept ans, mais il est une figure téméraire dans le monde de l’art. Il est surtout connu pour ses peintures monochromes avec le pigment ultramarin qu’il finit par enregistrer, International Klein Blue (IKB). Il a publié un catalogue d’art de peintures inexistantes. Il utilisait des modèles nus couverts  en IKB et imprimait leur propre corps sur papier. Pendant ce temps, un orchestre jouait  une seule note pendant 20 minutes, suivie de 20 minutes de silence.

La fascination de l’artiste pour le vide est venue de sa formation en judo, qu’il a étudiée avec ferveur  pour gagner une ceinture noire de  quatrième dan. Lors de sa formation à l’Institut de judo Kodokan de Tokyo en 1953, il s’est entiché de l’idée bouddhiste japonaise d’une étendue infinie du néant.

Le saut de Klein révèle plus qu’un truc d’illusionniste, mais la nature même de la photographie que nous oublions souvent, peu importe le nombre d’images trafiquées que nous voyons aujourd’hui. « Convaincant à l’œil, sinon à l’esprit, le saut de Klein édicte symboliquement le saut aveugle que nous faisons en acceptant la vérité exprimée par n’importe quelle photographie, » Fineman écrit, « reconnaissant à la fois les plaisirs et les périls impliqués dans la suspension volontaire de l’incrédulité. »

Le International Klein Blue (IKB) utilisé dans une panoplie d’oeuvres et de peintures.

Harry Shunk et Jônos Kender

Photographies de Harry Shunk et Shunk-Kender, 1957-1987

Le photographe allemand Harry Shunk (1924-2006) et son partenaire hongrois, Jônos Kender (1938-2009), ont produit quelques-unes des images les plus emblématiques de l’art européen et américain de l’après-guerre. De la fin des années 1950 au milieu des années 1970, période de changements intenses et rapides dans la perception de ce qui constitue un objet d’art, le duo documente des artistes et des expositions qui sont au cœur des développements artistiques de l’époque, dont le nouveau réalisme, le pop art, minimalisme, le postminimalisme, l’art conceptuel et la performance.

Photographie nouveau-genre

Les archives de l’œuvre de Shunk-Kender ont été données par la Fondation Roy Lichtenstein à un consortium de cinq grandes institutions qui se partagent les documents.

La portion reçue par l‘Institut de recherche Getty se compose d’environ 183,000 articles, y compris un ensemble presque complet de 19,000 tirages, 12,000 planches contact, 126,000 négatifs et 26,000 diapositives couleurs.

Visite virtuelle de l’exposition du MOMA en 2015

Mia Fineman a intitulé le catalogue d’exposition du Metropolitan Museum of Art pour l’exposition 2012 “Faking It : Manipulated Photography Before Photoshop », qui incluait  sa célèbre image du Saut dans le vide.

Ces images illustrent non seulement la relation étroite entre Shunk et Kender ; tout leur travail a été crédité comme étant une œuvre collective, incluant artistes dont ils ont documenté le travail. Ils ont exprimé une compréhension profonde du processus créatif de ces artistes.

Les nombreux portraits individuels sont particulièrement significatifs pour la manière véridique des sujets présentés, seuls, au travail, ou captés devant leurs œuvres. Shunk et Kender étaient tout aussi à l’aise pour représenter le mouvement et le repos, les gens et les choses, et leurs photographies projettent une énergie palpable : des images franches de vernissages d’expositions reflétant l’ambiance de la fête, tandis que la capture des plans d’installations et de performances véhiculent l’essence même de ces événements.

Dissocier le vrai du faux

Aujourd’hui, les photos trafiquées sont la norme. L’exemple de l’Australie qui brule produite par Anthony Hearsey illustre bien cette tendance. Hearsey a produit un photo composite de feux de brousse de plusieurs périodes donnant l’impression d’une fausse ampleur des feux australiens.

La photo satellitaire composite produite par Anthony Hearsey qui circule présentement (janvier 2020) illustre un fausse intensité des feux de broussaille en Australie.

Cette photographie satellitaire est une photo composite de feux de broussaille depuis quelques années, rassembler pour illustrer la force des incendies. Quoique son objectif est louable, elle représente une fausse réalité qui donne l’impression d’un problème d’une ampleur plus grande que l’état des feux en janvier 2020.

Les composites de William Notman

Notman a démontré sa créativité novatrice en produisant de larges photos composites

Photographie composite de William Notman

Carnaval de patinage, patinoire Victoria, 1870
Carnaval de patinage, patinoire Victoria, 1870

L’exemple le plus connu d’une image composite est le panorama de Notman produite en 1870 pour la visite du prince Arthur à Montréal. Chaque personnage est d’abord photographié au studio en costume de bal avec une prise d’image individuelle. L’ensemble des personnages sont ensuite assemblés sur le canevas final .

L’inspiration de Juhamatti Vahdersola

Le vidéo YouTube décrit la démarche de Vahdersola pour produire des photos composites avec l’aide de Photoshop, illustrant la simplification du processus de production d’une image complexe.

Les 10 commandements

Par Juhamatti Vahdersalo

La photo conceptuelle

Définition:

Démarche créatrice basée sur la mise en scène d’un figurant ou du photographe comme personnage principal, faisant appel à l’imaginaire, à l’humour, au symbolisme et à l’abstraction pour communiquer une émotion.

Le personnage est souvent placé dans une situation absurde, faisant face à un défi insurmontable.

Chaque photographie raconte une histoire : c’est une œuvre complète en elle-même. L’observateur doit l’interpréter, à la lumière des clés fournie. Pour ce faire, il doit user d’imagination, comprendre la satire, suivre de fausses pistes pour capter le message derrière l’histoire.

Document de travail à consulter

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